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Mur des disparus, Ploubazlanec


Mon courage dépendra d’une aide au logement qui dépendra d’une bourse. C’est encore si incertain.
Je retiens les colères, les crachats, les injures. Nul intérêt de communiquer avec un mur quand on se sent provisoirement dans une impasse. Ce soir, je vous assure, je redécouvre la tombée de la nuit. Le bleu assombri du ciel et les nuances oranges des réverbères. Mes grands-parents ont pris cette habitude de fermer les volets alors que le jour décline à peine. Ce soir ils ne sont pas là et je suis plantée devant la baie vitrée à vous écrire cet étonnement stupide.

Il faut que je me sorte la Bretagne de la tête. La mer en colère & le printemps qui chante déjà là-bas. Les mimosas criblés de fleurs et le rouge-gorge qui nous regardait retourner la terre du jardin. Pêcheur d’Islande m’a bouleversé. J’ai marché sur ces terres-là, sur le port et la place du marché. J’ai lu les plaques sur le mur des disparus sans vraiment saisir l’ampleur des dégâts et la souffrance.
Je suis de retour à Paris. Le charme s’est envolé et j’ai repensé à lui. A son parfum. Son regard, je peux m’en détourner. Sa présence, je peux la fuir. Mais son parfum, je n’sais pas. Il arrête le temps. Il déchire quelque chose au milieu de ma poitrine. Il est cette petite bricole à laquelle je m’attache parce que je ne peux pas la posséder. C’est faiblement humain.

J’ai reçu un message de lui aujourd’hui. Il me reproche de ne pas lui donner de nouvelles. Quelque chose m’échappe.

Ce type, j’sais pas. C’est un peu comme les mimosas dont la fragrance vous cloue au sol. Sauf que lui, ce grand arbre sec qu’il est, est du genre persistant jusqu’au mois de juin voyez.

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Je m'en vais en pays breton mardi matin.
L'attente est juste affreuse.

A mon retour je risque de disparaître de temps à autre. Pour de courtes ou de longues périodes, cela dépendra de l'ampleur de mes déprimes. Parce qu'il faut que je bosse. Ca me passionne, vraiment. Le problème c'est de devoir construire des bâtiments en Kapla sur une zone sismique. J'ai peur que le moindre souffle, aussi léger soit-il, me fasse lâcher prise. C'est que j'suis pas bien musclée pour tenir tout ça les gens.
 
Bref, prenez soin d'vous & pas d'bêtises hein.

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Yann Kersalé, Le Sillon noir à Pleubian (Côtes-d'Armor)
 

Je sais que demain, bêtement, je vais avoir un pincement au cœur. Je vais arriver au boulot avec un sourire plus espiègle que d’habitude pour camoufler les nuages dans mes yeux. Peut-être parler des sablés à la lavande en forme de cœur de ma Grand-Mère avec quelques moqueries. Peut-être répondre à certains gentils emmerdeurs de collègues qu’en ce jour particulier chaque parole prononcée ne doit être qu’effusion d’amour. Peut-être taquiner mes tout-petits de mater’ en inventant des couples juste parce que c’est terriblement attendrissant de les voir si intimidés.

Les gens je suis irrécupérable. Ce qui est fou, c’est que j’en rigole. La situation doit me convenir ainsi. Eméchée, je lui ai raconté ma vie sans me rendre compte qu’elle était tranchante pour son palpitant. Tu comprends, mon premier amour c’est la Bretagne. Je n’pense qu’à elle. J’partirai là-bas. Tu sais, j’vais t’dire. J’ai été passionnée et je ne recommencerai pour rien au monde. J’ai tout donné sauf que l’autre, il n’en demandait pas tant. Alors forcément, il a mal rendu. Je suis encore un peu abîmée. Je n’veux pas m’attacher.

Etrange et stupide endive que je suis.  

(Ou alors lorsque je sais que ce n’est pas possible. Lorsque l’on me répond d’aller me faire soigner la tête. Ou bien lorsque l’on me dit que je suis mignonne en me serrant fort contre soi et en me déposant un baiser sur le front, puis adieu. Cette putain de seconde où je me suis sentie bien.)

Toute façon, la Bretagne est mon premier amour. Alors Yann Kersalé l'aprem' à la Fondation EDF et le TGV ouest de 18h22 pour chercher ce sacré bout de femme qu'est ma Maman.

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by A301P
 

Tout à l’heure, j’ai pleuré devant les chiottes du boulot. Effarée, ma collègue est restée avec moi, assise dans le couloir de la cantine. « C’est con tu sais, j’le savais que j’me mangerai un râteau. Mais tu vois, c’est comme lorsque le premier domino tombe : tout le reste suit. Chui perdue. »
C’est triste d’avouer son amour à quelqu’un et de récolter son indifférence les jours suivants. Mais comme je suis la reine de la stupidité, à aucun moment ne m’est venue à l’esprit le fait que je tire une tête abominable de dépressive depuis lundi dernier et que forcément, c’est pas engageant. Voire affolant pour ce pauvre garçon qui ne voulait pas me faire de mal.

Il ne pouvait pas savoir que la cause de mes yeux rougis est un 15,32, moyenne générale de mon premier semestre en Master recherche Art de l’image et du vivant (parce que l’intitulé il chie, mais c’est juste une façade.) Je n’en tire aucune satisfaction, aucun mérite. L’indifférence la plus totale. C’est là que tu te rends compte que t’as tout simplement fait le mauvais choix. Et moi je ne sais pas relativiser, je panique. Alors elle, assise dans le couloir de la cantine, elle a relevé quelques dominos. J’ai pu rejoindre ma Fac le cœur moins lourd. Je suis allée à la machine à café avec une copine de mon cours. Elle a pris un thé au citron, moi un thé au lait (ce qui fut une découverte des plus exceptionnelles) et entre deux gorgées je lui ai dit : « Je ne poursuis pas ce Master en deuxième année. » La solution est tellement simple en fait.

Marooned de Pink Floyd est d'une jouissance supérieure à celle de la dégustation d'un thé au lait tout d'même. Et puis demain matin, je vais m'excuser et lui dire que ma nouvelle lubie c'est d'avoir une barbe à la Gimli.
(Je ne comprends vraiment pas pourquoi il ne veut pas de moi.)

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by Rolleikalle


Ma gueule, elle t’emmerde. J’ai décrété que ce sera tous les jours ainsi. Je ne fais plus d’effort pour Toi cher collègue, cher étudiant de ma promo, cher voyageur de la ligne B. Ma gueule elle te dit que je suis épuisée mais que sans mascara elle n’en garde pas moins son sourire. L’Intéressé n’étant pas intéressé, je crache sur les pseudo-obligations qu’impose la séduction. Je baisse les armes en forme de brosses aux poils siliconés. Si tu m’aimes, ça sera avec mes cernes.
Amen.

 

Putain, j’ai un peu l’cœur en compote les gens.


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